5 décembre 2022
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SUPPRESSION DU POSTE DE PREMIER MINISTRE : FAST TRACK OU VOIE DE CONTOURNEMENT POLITIQUE

Le Sénégal vient de procéder, une troisième fois, à une réforme constitutionnelle portant suppression du poste de Premier ministre. Si en 1963, la dualité au sommet de l’Etat avait été évoquée comme motif, en 1983 le Président Abdou DIOUF cherchait à consolider sa position de Chef d’État après des élections présidentielles mouvementées. En 2019, le slogan de « Fast Track » brandi par le régime du Président Macky SALL laisse dubitatifs beaucoup d’observateurs de la scène politique. Sommes-nous alors en train de suivre un Slow Track  vers une destination cachée ?

 

Suite aux événements de 1962, qui opposaient Mamadou DIA à Léopold Sédar Senghor, les pouvoirs du président de la République ont été fortement renforcés. Cette tendance en faveur d’un régime présidentiel a toujours été farouchement préservée. Cela s’est traduit par un déséquilibre entre les Pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

C’est ainsi que les pouvoirs pharaoniques du président de la République font toujours l’objet de débat au Sénégal. Il ressort des analyses d’experts et observateurs que le goulot d’étranglement dans notre système de gouvernance est à situer dans les pouvoirs exorbitants de l’Exécutif. Son omniprésence et son influence sur tout pose un problème de séparation des pouvoirs, voire de gouvernance d’une matière générale.

A cet effet, les Assises nationales tenues entre juin 2008 et mai 2019 ont proposé des réformes institutionnelles majeures afin de « mettre un terme, d’une part, à la tendance à la concentration excessive des pouvoirs à la présidence de la République notée à la suite de la crise de 1962 et qui s’est accentuée depuis l’alternance, en l’an 2000 et, d’autre part, à toute immixtion du Président de la République dans le fonctionnement du législatif et du judiciaire » (Charte de bonne gouvernance assises nationales, 2009).

L’ère des pouvoirs centralisés est révolue. D’ailleurs, les réformes politiques sur la décentralisation s’inscrivent dans cette perspective d’une gouvernance participative centrée sur les territoires. Il s’agit de mettre les territoires au cœur de la définition et de la mise en œuvre des politiques publiques. Parallèlement à sa politique de décentralisation, le Sénégal doit encourager la création de pôles de pouvoirs suffisamment déconcentrés pour rendre l’action gouvernementale plus proche des populations, plus efficace. La réforme constitutionnelle sur la suppression du poste de Premier ministre, votée le samedi 4 mai 2019, par l’écrasante majorité des députés (124 pour, 7 contre et 7 abstentions), est en contradiction avec cette logique politique. Elle renforce davantage la centralisation et la concentration des pouvoirs au sommet de l’Etat. Il serait difficile voire utopique de croire à l’efficacité d’un tel schéma.

 

Vouloir augmenter la charge d’un homme dont le poids sur ses épaules lui empêche déjà de marcher correctement et espérer renforcer son efficacité dans l’action pose problème. « Nous attendons l’aval de Monsieur le Président de la République » risquerait de devenir un leitmotiv dans les couloirs des ministères.

 

Le temps est un bon allié ! Il révélera les véritables raisons de cette réforme constitutionnelle. En attendant, nous suivrons le Secrétariat général de la Présidence s’acquitter de manière officieuse des tâches qui revenaient à la Primature

Momath Talla NDAO

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