7 décembre 2022
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Organisation Mondiale de la Santé (OMS)et système de santé en Afrique subsaharienne.



L’OMS est une entité du système des Nations Unies (ONU) dont le rôle est la gestion de la santé mondiale à travers  ses contributions dans le cadre de la recherche scientifique et technique. Cependant sa place et son mode d’intervention varie d’un continent à l’autre, mais aussi d’un pays à un autre.

 

En effet l’OMS n’intervient pas de la même façon au Sénégal qu’en France. Aux USA intervient-elle réellement ? Et en Chine ? Et Au Canada ?

 

Pour le travailleur africain de la santé loin de ce système, l’impression que l’on a pour cet organisme des nations unies (qui compte dans son entité locale, appelé « équipe pays », des fonctionnaires ou des personnels assimilés comme tels et localement recrutés), est que c’est un organe hiérarchique, dont les membres pompeusement appelé « expert de l’OMS », se placent au-dessus des agents fonctionnaires locaux qui sont des cadres du niveau central, souvent professionnellement plus gradé et plus compétent. Au Sénégal il semble ainsi s’être développé un paternalisme au niveau de la représentation locale, ce qui peut ouvrir la voie à des dérives et/ou d’autres formes de trafic d’influences qui ne servent ni l’organisme international, ni le pays hôte.

 

Nous avons hérité au Sénégal et dans les pays de la sous-région, du système de santé colonial avec son aspect pyramidale qui est la base du principe d’orientation/recours, et qui veut que les structures de santé de référence soient érigées dans les villes où demeurait le colonisateur, et que dans les zones rurales, soient mis juste des postes de santé, qui étaient beaucoup plus des structures de veilles sanitaires que de soins médicaux ; car le colon redoutait les maladies transmissibles et les épidémies, qui pouvaient compromettre la bonne santé de ses activités de rentes.

 

C’est ce système de santé dont le Sénégal et les autres colonies de l’Afrique subsaharienne ont hérité au moment des indépendances, et qui fonde sa particularité sur les évacuations sanitaires d’une structure moins importante du point de vue plateau technique, à une autre plus équipé, doté de spécialités médicochirurgicales et située dans la capitale.

C’est-à-dire d’une zone  rurale ou dite de brousse à la ville ou capitale.

 

C’est ce système de santé que l’OMS est venue consolider avec les soins de santé primaire (SSP) et ses différentes composantes, dont la huitième, qui consacre l’accessibilité géographique et financière des médicaments, a donné naissance à « l’Initiative de Bamako »(IB), une stratégie qui a remis en cause le monopole des pharmaciens dans la vente et la distribution des médicaments. Les pharmaciens, eux-mêmes avaient hérité de ce monopole post colonial et d’un  système archaïque de garde, toujours en vigueur.

En fait l’OMS peut être considérée comme le « FMI » du système sanitaire.

Or nous savons tous que les ajustements et autres injonctions du FMI n’ont rien apportés de bien à nos économies et ont causé plutôt beaucoup de difficultés à nos populations et à nos gouvernants.

 

Mieux on ne connait pas encore de pays développé grâce aux ajustements du FMI.

Nous savons aussi que cet organisme qu’est le FMI n’a rien fait pour nous aider à nous départir de notre système économique néocolonial, orienté uniquement vers les profits et autres rentes et bénéfices de l’ancienne métropole.

 

Certes l’OMS n’est pas une institution financière mais a souvent servi de guide sur le choix des programmes de financement qui ont été pendant des décennies orientés vers les maladies transmissibles comme au temps colonial.

 

Toutefois au Sénégal, l’avènement de la démocratie, et de Me Abdoulaye Wade qui avec le PDS faisaient leur entrée au gouvernement du Président Diouf, a permis l’adoption des lois sur la réforme hospitalière, et poser ainsi un grand pas vers la réforme de notre système de santé, qui devait devenir plus démocratique, plus performant, plus inclusif, et plus accessible.

 

Malheureusement cette réforme hospitalière a été complétement galvaudé, à cause d’une carence dans la formation des acteurs et de l’incompétence des responsables chargé de sa mise en œuvre, mais aussi par un manque d’accompagnement de l’OMS, qui semble ne s’intéresser à notre système de santé que dans le cadre de ses directives et stratégies.

 

On a l’impression que comme pour le FMI, avec notre économie, L’OMS n’intervient pas sur les ruptures indispensables pour la promotion d’un système de santé qui réponde aux besoins et aspirations réels des populations. Aujourd’hui on nous parle encore de Soins de Santé Primaire (SSP) près d’un demi-siècle après Alma Ata! Et peut- être demain de « santé pour tous en l’an 3000 » ?

 

Pour le Sénégal la grande mue s’impose, pour notre souveraineté sanitaire, médicale, pharmaceutique, économique…, seule gage de notre émergence, et de la satisfaction des attentes d’un peuple assoiffé de liberté, de justice sociale, d’équité et de prospérité. Nos ressources humaines, nos ressources naturelles, le génie et la grande aspiration de notre peuple le justifient.

 

 

                       par Docteur Youssouph NDIAYE,

Docteur d’Etat en Chirurgie dentaire

Diplôme Supérieur de Gestion des Services de Santé,

Diplôme de troisième cycle en Intelligences économiques et Stratégies.

Directeur de l’Administration Générale et de l’Equipement du Ministère de la santé sous trois Ministres,

Plusieurs fois Directeur d’hôpital de niveau 2 et de niveau 3