2 février 2023
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L’OCCASION DE LA JOURNEE DU TIRAILLEUR, ÉDITION 2O22



C’est avec un grand plaisir que je viens, ce matin, avec vous, sacrifier à un devoir de mémoire, consacré par le calendrier républicain, à l’endroit de nos Tirailleurs sénégalais.

Cette perpétuation de la célébration de la Journée du Tirailleur sénégalais traduit la volonté de Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République, de magnifier l’œuvre de ces hommes exceptionnels, qui ont marqué de manière indélébile notre mémoire collective.

Il faut rappeler que cette appellation de Tirailleurs sénégalais, devenue générique à partir du mois de mai 1900, désignait les soldats issus des colonies françaises d’Afrique noire.

Aussi, devant ce Mémorial de « Thiaroye 44 », symbole d’une génération de feu plus récente, nous sommes heureux d’évoquer de nouveau cette mémoire combattante, en particulier celle de la génération de feu de 14-18.

Certes, la célébration du centenaire de la Grande Guerre a donné l’occasion d’explorer davantage les plis et replis de notre mémoire collective, à la découverte de la saga de nos Anciens Combattants, mais cela demeure insuffisant pour cerner les contours d’une histoire encore mal connue ou parfois méconnue.

La prise en charge se fait par un système de parrainage individuel ou collectif, lié à un thème découlant d’un évènement important, ponctué de hauts faits d’armes, ayant fait l’objet de citations à l’ordre de l’armée.

Le choix du ou des parrains répond à ces critères dont la finalité vise à permettre à la jeunesse de s’approprier, à travers cette démarche, les valeurs et les vertus qui sous-tendent leurs actions.

Il est arrivé que le choix du parrain soit guidé par des critères autres que ceux évoqués ci-dessus.

Ce fut le cas pour Abdoulaye Ndiaye, dernier combattant africain de 14-18, connu, vivant sur le continent et mort le 10 novembre 1998 à Thiowor, dans la région de Louga.

L’Etat du Sénégal a rendu un vibrant hommage à ce digne fils et à ses frères d’armes africains en érigeant dans son village natal un musée appelé la « Case du tirailleur ».

Ce fut également le cas de Feu le Professeur Iba Der Thiam, qui bien que n’étant pas un tirailleur, présidait la Commission nationale d’organisation de cette journée et était le père de ce parrainage.

Enfin, Lamine Senghor, combattant de la grande Guerre, a été un pionnier dans la lutte pour l’émancipation des peuples dominés et l’égalité des races. Combattant de la liberté, il a ainsi participé à l’éveil des consciences dans le Monde Noir après la Première Guerre mondiale.

Cependant, le parrainage individuel étant plutôt réducteur, il a été décidé de reprendre celui collectif qui fait mieux ressortir la saga des Tirailleurs sénégalais dans son entièreté et en assure la traçabilité.

Mesdames, Messieurs,

C’est pour ces raisons que cette année le Président de la République, Son Excellence Monsieur Macky Sall, a choisi le thème :

« L’appel à l’Afrique de la France : le sang versé et l’effort de guerre des populations noires des colonies françaises ».

Ce thème a l’avantage de prendre en charge les exploits des tirailleurs jalonnés de faits d’armes glorieux, mais également la participation à l’effort de guerre des populations noires des colonies françaises d’Afrique.

En tout état de cause, ces colonies ont payé un lourd tribut durant ce premier conflit mondial.

L’enfer du front n’était pas seulement dû à la puissance de feu des belligérants, mais également à l’inexpérience des tirailleurs sénégalais pour les guerres modernes européennes.

Pourtant, cela n’avait en rien entamé leur combativité et leur engagement.

Ils partageaient cet enfer avec leurs camarades européens et autres, mais ces soldats venus de pays chauds devaient affronter, en plus de l’ennemi d’en face, le froid, la neige, la pluie et la boue glacée des tranchées.

Cela a entrainé chez eux, une plus grande fréquence des maladies pulmonaires comme la tuberculose et la pneumonie ou encore les gelures aux pieds et aux mains.

Au Chemin des Dames, mille (1000) Tirailleurs ont été retirés du front avant la bataille parce que victimes du froid.

Le séjour dans les camps d’hivernage était parfois interrompu par les urgences du front.

Le camp Courneau, installé dans une région marécageuse près de Bordeaux, a enregistré plus de mille (1000) morts des suites de pathologies liées au froid ou au tétanos.

Les Tirailleurs sénégalais étaient aussi victimes de l’éloignement familial que la France a tenté d’atténuer en faisant appel à des marraines de guerre.

Pourtant, les lourds sacrifices au front ne peuvent pas occulter ceux subis par les populations restées dans les colonies.

En effet, en plus d’avoir laissé partir leurs enfants dans une guerre dont elles ne maitrisaient pas toujours les causes, elles vont contribuer amplement à l’effort de guerre et, si nécessaire, sous la contrainte.

Toutes les ressources économiques étaient ainsi mobilisées et réquisitionnées.

Il s’agissait de matières premières, de produits agricoles et de produits d’élevage, notamment les bœufs envoyés en France sur pied ou sous la forme de viande congelée ou de conserves à partir de l’usine de Lyndiane créée en 1914, dans la banlieue de Kaolack.

Les réquisitions finirent par vider les greniers et la famine s’installa dans certaines régions. Pour obliger les paysans à ne pas abandonner les cultures, l’administration exigea le paiement de l’impôt en nature et augmenta le volume des importations de riz d’Indochine pour nourrir les populations.

La contribution financière n’était pas en reste ; elle se faisait sous la forme de quêtes, souscriptions, subventions etc.

L’impôt du sang, les réquisitions des ressources économiques et la contribution financière installèrent, dans les zones rurales, la pauvreté, la famine et les migrations forcées de populations vers les colonies portugaises ou anglaises proches.

Tout au long de ce premier conflit mondial, nos populations ont contribué dans la douleur, jusqu’en 1918, à un effort de guerre soutenu.

A quelques mois de la fin de la guerre, quelques soixante-dix-sept mille (77 000) soldats sont encore mobilisés en Afrique occidentale française (AOF) et en Afrique équatoriale française (AEF).

Seule une petite partie sera finalement envoyée en Europe parce que la guerre s’est achevée avec la signature de l’armistice, le 11 novembre 1918.

Officiellement, les chiffres font état de 185 000 tirailleurs recrutés dont 134 000 envoyés en Europe.

Ces chiffres varient cependant selon les auteurs : quand Albert Sarraut avance 163 000 soldats recrutés, Bakari Kamian donne le chiffre de 189 000 et Robert Cornevin parle de 193 000 soldats.

Les mêmes difficultés apparaissent pour le bilan démographique. Le chiffre de 30 000 morts est loin de traduire la réalité. En effet, les morts durant le recrutement ne sont pas comptabilisés.

De même, au Soudan et en pays mossi, ceux qui se sont opposés au recrutement par les armes ont été matés par milliers dans le sang ; les tirailleurs morts des suites de maladies ne sont souvent pas répertoriés. Dans la même veine, les morts parmi les tirailleurs combattants dans les unités mixtes, comme dans les régiments mixtes marocains et autres unités métropolitaines où les troupes sont amalgamées, ne sont pas pris en compte.

Voilà pourquoi beaucoup de familles n’ont eu aucune information sur des parents enrôlés et qui ne sont pas revenus du front.

Rappelons à cet effet que sur le front d’Orient, parmi les tirailleurs restés sur les champs de bataille figurent Serigne Sidi Ahmed Sy et Serigne Fallou Fall, respectivement fils aînés de Serigne El Hadj Malick Sy et de Mame Cheikh Ibrahima Fall.

En outre, à l’occasion de la visite du Président Macky Sall en Turquie, en 2015, des tombes de tirailleurs avaient été repérées dans un cimetière français.

Ces tirailleurs avaient été répertoriés comme soldats français avec une croix chrétienne sur toutes les tombes ; or la plupart des tirailleurs portaient des noms musulman, l’erreur a été immédiatement rectifiée.

Mesdames, Messieurs,

Vous constaterez, avec moi, que ce n’est pas dans le temps d’un discours que l’on pourra cerner les contours de l’histoire des tirailleurs de la Grande Guerre.

Le sacrifice et la contribution substantielle de nos populations à l’effort de guerre pendant la Première Guerre mondiale n’ont pas encore été suffisamment appréhendés à leur juste valeur.

C’est pourquoi, il est un devoir pour les générations actuelles de s’approprier les nobles valeurs de courage, de bravoure, d’abnégation, d’honneur, plusieurs fois séculaires et profondément ancrées dans notre continent.

Ce sont ces valeurs dont sont héritières nos Forces armées que nous avons conceptualisées dans les notions de Diom, de Ngor et de Fit.

Nous ne devons ménager aucun effort pour vivifier le devoir de mémoire et assurer sa transmission aux générations futures.

Les jeunesses africaines doivent se montrer dignes et fières de ces devanciers et, avec les jeunesses du monde entier, retenir comme leçon de vie que :

Si la guerre divise les peuples pour un temps, l’Histoire doit pouvoir les rapprocher pour toujours.

Et nos tirailleurs pourront alors reposer en paix parce que la postérité reconnaîtra la valeur de leur contribution à l’avènement d’un Monde Libre et apaisé dans lequel, ensemble, nous pourrons faire face aux problèmes de développement économique plus urgents.

 

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

 

« On nous tue, on ne nous déshonore pas ».

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