5 décembre 2022
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Le 1er mai : férié, chômé par tous, payé à certains.

Je vous épargnerai un cours d’histoire, conscient que vous savez, mieux que moi, que c’est en 1889, que le congrès international ouvrier socialiste, réuni à Paris à l’occasion du centenaire de la Révolution française, va voter une résolution selon laquelle « Il sera organisé une grande manifestation le 1er mai, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès international de Paris ».

Vous savez aussi que ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le 1er mai devient jour férié et porte le nom de fête du Travail. De nos jours, la journée est dite fériée, chômée, et payée. Il aurait été plus juste et précis d’ajouter « …à certains ».
Si les droits des travailleurs découlent, en principe, de l’accomplissement du devoir, le droit au travail, quant à lui, est induit par le seul fait qu’il constitue une nécessité vitale.

Aujourd’hui, en effet, les revendications ne portent plus uniquement sur les droits des travailleurs, mais aussi sur le droit au travail. Ainsi, n’ayant rien de festif, et au vu du taux galopant du chômage, il aurait été plus juste de rebaptiser tout simplement en « journée des travailleurs».
Les syndicats organisent tous les 1er mai, des marches et défilés brandissant  leurs pancartes et rivalisant en slogans, qui pour revendiquer, qui pour louer les « réalisations grandioses » du pouvoir. Ils remettent systématiquement au ministre en charge du travail, ce qu’ils appellent la plateforme revendicative. Mais je n’ai jamais vu, un quelconque ministre, leur remettre en retour, à l’occasion de n’importe quel autre premier mai, une réponse aux dites revendications. Les « fêtes du travail » se suivent et se ressemblent, en répétant des simulacres maintes fois vus. Les revendications s’accumulent et les réponses ne se décident pas à venir.
Les autorités n’ont pas tout à fait tort, quand elles se limitent à simuler d’accorder une importance aux marches et doléances des syndicats qui, avouons-le, ne sont, pour la plupart que des structures de courtage.

Les petits travailleurs sont divisés en deux : il y a ceux qui sont payés, et qui ne viennent jamais. Personne ne leur demande d’ailleurs de ‘’monter’’ : il n’y a pas assez de fauteuils pour les accueillir et ils ne savent rien faire. Il y a enfin ceux qui travaillent pour vivre, et qui se présentent à l’heure, et qui ‘’descendent’’ à l’heure, et qui font le boulot des absents. Je n’en dirai pas plus : ils ne sont pas intéressants. A la fin, ce que je voulais bien dire c’est cela: elle n’a pas de sens ici la fête du 1er mai.

Certains auraient, sans doute, préféré la dénomination de « journée des salariés », qui reflète mieux la réalité vécue. En effet, un salarié ne veut pas dire, nécessairement, travailleur, et vice-versa. Il y a aussi des gens payées à ne rien faire et d’autres qui travaillent sans rémunération.
S’il m’était offert de contribuer à la « plateforme revendicative cuvée 2019 », j’y inscrirais une requête d’homologation des chômeurs en Belgique et ceux de France. Ils reçoivent, ici, des subsides de la part de l’Etat en attendant des jours meilleurs en opportunités d’emploi. Cela conviendrait bien, dans ces pays où, aussi paresseux que des corses, nous adorons gagner notre vie en la menant couchés. C’est peut-être ce qui justifie la nuance qui échappe à beaucoup d’entre nous : Au Sénégal, nous ‘’touchons’’ le salaire, et en Belgique ou en France, ils le perçoivent.
Par conséquent, Il est vrai, alors, que nos labeurs n’ont pas la même ardeur.

Aly GUEYE

BELGIQUE