Crise au niveau du secteur de la santé, Les maux de la gouvernance sanitaire au Sénégal: Par Docteur Youssou NDIAYE



Notre système de santé hérité de la colonisation, par sa structure pyramidale, et son centralisme, peine toujours à s’adapter au nouvel environnement juridique et administratif, crée par les lois et décrets des réformes administratives et hospitalières que le Sénégal indépendant a connu.

Le paradoxe c’est que malgré les lois sur la décentralisation, et la réforme hospitalière, la gestion du secteur sanitaire public reste encore très centralisée, peu motivante, incohérente, et très bureaucratique.

Pourtant, les personnels de santé  qui ont fait des  études difficiles et longues, sanctionnées par des diplômes de haut niveau et qui leur donnent de grandes responsabilités professionnelles, sont parmi les plus mal rémunérés et les plus frustrés des cadres de l’administration publique en activité comme à la retraite.

Le statut du personnel des Hôpitaux prévu dans le cadre de la réforme hospitalière n’a toujours pas été adopté, comme tant d’autres actes prévu par la réforme, comme le statut des directeurs d’Etablissement Public de Santé (EPS), les relations entre universitaires et direction des EPS dans le cadre des CHU, les règlements intérieurs, le manuel des procédures unifiées, le calcul des couts des prestations…etc.

L’avènement de l’allocation de primes aux personnels des EPS grâce à la réforme hospitalière, ne se fait pas de façon uniforme et varie d’une structure sanitaire à une autre, pour la même catégorie professionnelle.

Ainsi donc en matière de traitement salariale les frustrations existent aussi bien au sein du secteur sanitaire entre collègue, que par rapport aux autres agents du secteur public et para public, beaucoup mieux rémunéré et souvent moins diplômé.

Ces injustices et ces incohérences sont à l’origine de comportements et d’attitudes parfois incompréhensibles de la part d’un personnel de santé qui travaille quasiment sous pression et dans des conditions difficile et/ou qui laissent à désirer.

Ces Incohérences et confusions sont les causes de l’échec de la mise en œuvre de la réforme hospitalière, parce que l’esprit et la lettre des lois ont été complétement galvaudés par les responsables de la structure en charge de sa mise en œuvre, et qui ont confondu leur rôle de tutelle technique à celui d’autorité hiérarchique, en ignorant la différence entre hôpital public en tant que service administratif, et EPS en tant que personne morale de droit public.

Aujourd’hui, ceux qui prônaient la disparition de la DES juste après l’érection des hôpitaux en EPS, n’avaient pas tort.

En effet la « Direction des Formations hospitalières » n’avait-elle pas été supprimée de l’organigramme du ministère de la santé et de l’action sociale bien avant la réforme ? Et ceci au moment où les hôpitaux n’étaient que de simples services administratifs sans aucune autonomie ! Quid alors de cette Direction hypertrophiée qu’est la DGES ?

Il s’est ainsi développé une culture managériale aux cabinets ministériels pendant la deuxième alternance politique de 2012,  avec l’avènement d’une bureaucratie au niveau centrale, fondée sur un autoritarisme et un centralisme qui a fini de balayer tous les actes et toutes initiatives allant dans le sens de la réforme, et susceptible de donner un nouveau souffle et de la performance aux hôpitaux.

Ces manquements ont fini d’affaiblir l’autorité des directeurs et celle des médecins des EPS. La tutelle s’est efforcée d’en faire des soumis hiérarchiques, ne faisant preuve d’aucune initiative, et souvent utilisé comme bouc émissaire pour apaiser des tensions, en acceptant ou supportant des humiliations de la part de celle-ci.

Aujourd’hui on peut « faire porter le chapeau » aux agents de santé (de plus en plus majoritairement féminin) et/ou les condamner, bien que la responsabilité de la tutelle, dans tous ces manquements ou fautes commises au sein des structures de santé, reste très grande.

 

En effet on ne peut pas vouloir une chose et son contraire : accepter l’existence d’EPS et remettre en cause leur autonomie et ce qui les dispense de tout contrôle à priori, en confondant les relations de tutelle et les relations hiérarchiques demeurent utopique.

Aujourd’hui encore c’est toujours le ministère qui achète les équipements médicaux pour les distribuer à son gré aux EPS ; et c’est encore le ministère qui nomme ou affecte directement des agents à des fonctions au sein des EPS, déniant ainsi l’autorité du directeur et celle du conseil d’administration.

Solutions

Il s’agira de mettre fin à cette résistance au changement institutionnalisée au sein du ministère, en procédant à une formation continue des acteurs ministériels comme ceux des EPS sur les lois et décrets qui  le fonctionnement et l’organisation des services de santé.

La décision politique des initiatives de gratuités et de solidarité gouvernementale initiée sous le ministre de la santé Abdou FALL, ne devraient plus être cause d’endettement des hôpitaux ; Les subventions allouées aux EPS doivent être plus objectives et tenir compte des couts et charges de fonctionnements. Il faudra initier des Budgets Consolidés d’Investissement(BCI) au sein des EPS pour sécuriser les investissements.

Seule une nouvelle dynamique managériale, moins arrogante, fondée sur une approche économique et institutionnelle, c’est-à-dire plus motivante, équitable dans la répartition des ressources financières et des équipements, moins bureaucratique et respectueux de ses engagements et des attributions des établissements de santé, sera à même de minimiser les incidents et les mouvements d’humeurs du personnel de santé.

Monsieur Youssouph NDIAYE est

Docteur d’Etat en chirurgie dentaire

Diplômé de troisième cycle en Intelligence Economique et Stratégie

Diplôme Supérieur de Gestion des services de santé

Ancien DAGE du ministère de la santé sous trois ministres

Plusieurs fois Directeur d’EPS de niveau 2 et 3