Le coup de gueule de l’ancien officier de la gendarmerie Seydina Oumar Touré

Sur l’état d’esprit d’une armée, Sun Tzu disait dans l’art de la guerre, « Un pays dont l’armée est désemparée et traverse une crise de confiance sera victime de tentative de subversion de la part de ses rivaux. C’est là, le sens profond de cette maxime: « la confusion et le désordre dans une armée offre la victoire à l’adversaire. »
Certains incultes penseront surement que l’apparence suffit pour convaincre du professionnalisme et de l’ordre dans une force armée. Mais il est bon de comprendre que la plus dangereuse des faiblesses militaires est la confusion et le désordre dans la tête d’un soldat.
Au-delà de la propagande et de l’ostentation, des parades fantastiques, des fanfares magnifiques et des défilés ordonnés, un militaire est avant tout un être humain sensible.
En tant que tel, voir ces camarades traités comme du bétail sans réaction aucune de celui qui est sensé le faire est une défaite et peut entrainer une remise en cause de la confiance du militaire en soi et du sens même de son engagement.
C’est comme s’il fallait se demander à qui le tour ?
C’est qui le suivant ?
A mon tour serai-je traité ainsi ?
Sinon comment expliquer qu’on tue froidement nos soldats, on prend en otage d’autres qu’on humilie, qu’on libère comme si cela était normal!
Et pendant ce temps, aucune riposte, personne n’en parle, en tout cas pas un seul qui devrait, pour exprimer ne serait-ce qu’un regret, une sympathie même théâtrale! Silence de mort de l’autorité.
Les forces de défense et de sécurité du Sénégal, les plus professionnelles d’Afrique voire du monde mais hélas encore muselées. Chez nous, on peut humilier un général de corps d’armée ou écourter la carrière d’un inspecteur général de Police, des serviteurs au vrai sens du terme, ayant voué toute leur vie à la nation, pour des futilités orchestrées par des minables qui émergent du fond de la poubelle de la République.
Lorsqu’il s’agit de mater ou de tuer des manifestants, tels les misérables de Victor Hugo au fond d’une mine, se faufilent des idéalistes, conceptualistes de la République unique du Sénégal, invoquant des principes Machiavéliques, qui ne servent qu’au prince et non à la principauté.
Et Machiavel, comme s’il les possédait de son vivant, se dresse cette muraille intellectuelle noire à la pensée encore coloniale. Ce vieillard ou ce jeune, atteint de ce mal profond dont parlait le Professeur Cheikh Anta DIOP, qui se voit dans la peau d’un occidental, alors qu’il n’est que la main prolongée d’un maitre qui le traitera toujours comme le boy de Ferdinand Oyono.
Ces hommes dont le sport favori reste la musculation intellectuelle permanente, s’accaparant des médias, et ont démontré qu’ils « sont capables de déstructurer des vérités bibliques ou coraniques et de les remplacer par des bobards de grande qualité. Sans broncher ni sourciller » comme disait l’autre. Et face à ce choc perpétuel, l’instruis moyen sénégalais, déjà victime d’une instruction coloniale imbriquée de manipulations, tombe dans un coma intellectuel irréversible ; au fond du quel son cerveau reste allergique à la réflexion. De cette répétition de mensonges, s’en suit une anesthésie cérébrale conduisant à l’euthanasie de tout esprit critique minimaliste et opportuniste.
Et l’autre, méprisable, tel un oiseau saisonnier, jacassant et immobile, dépourvu de moralité, cherche à se nourrir de sa plume dont l’encrier sera surement le produit de l’enfer qui brisera son ail aujourd’hui ou demain.
Cette belle République traverse une phase, telle une puberté, qui ne nous grandira pas mais risque de nous être fatale. L’année passée à la même période, 14 sénégalais périrent pour des futilités et surprise du siècle, même pas une phrase de regret de l’autorité.
«Je n’écoute pas un manifestant, citoyen désarmé, je le tue, cependant je peux négocier avec des séparatistes qui tuent froidement des soldats et humilie la République»
A ce rythme, la souveraineté risque d’être hypothéquée pour de la politique ;
Le Sénégal mérite mieux que ça, il est temps de trouver une solution courageuse et osée pour relever la dignité de ce grand pays qui est le nôtre, à nous tous, sans exception.
Seydina Oumar TOURE, Ancien Officier de Gendarmerie
Maitre en Sciences Juridiques