Trois questions à Docteur Youssouph Ndiaye ancien DAGE du ministère de la Santé

1.Le Président Macky SALL a récemment inauguré des hôpitaux à Kafrine, Agnam et Kédougou, vous avez été plusieurs fois directeur d’hopital de niveau 2 et 3,qu’en pensez-vous ?

C’est un investissement très pertinent qui vient renforcer notre parc hospitalier et qui démontre que les populations où qu’elles se trouvent dans le pays sont d’égal droit pour disposer d’infrastructures de santé avec des équipements de dernières générations.

2.Que vous inspire le choix de ces localités pour l’implantation de ce type d’hôpital ?

Voyez-vous, ces localités comme tant d’autres dans notre pays ont longtemps subi et souffert de notre système de santé pyramidal et post colonial que le principe d’orientation /recours, caractérisé par les évacuations sanitaires vers la capitale, a longtemps cantonné comme zone de brousse, où ne devaient y avoir que des postes ou centres de santé organisés dans  une entité dénommée « district sanitaire » et qui épouse les limites des départements.

Ce système de santé pyramidal consolidé sous l’égide de l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) avec les « soins de santé primaires » a toujours été la base de tous les Plans nationaux de développement sanitaire  (PNDS) du Sénégal.

Le choix de ces localités pour accueillir ces bijoux hospitaliers est une action implicite vers la réforme nécessaire de notre système pyramidal post colonial, qui devrait être remplacé par un système de santé basé sur la notion de « bassin de vies » donc de territorialisation, avec tout le personnel et les services médicaux, chirurgicaux et techniques disponibles dans toutes les localités du pays.

  1. Quel impact peut-on attendre de ces investissements et financements par rapport à la réforme hospitalière de 1998 qui a vu la création des établissements publics de santé (EPS)?

Ces hôpitaux sont en effet des établissements publics de santé (EPS) de niveau 2 avec possibilité d’extension vers un niveau 3 ; ce sont aussi à l’instar de tous les EPS des personnes morales de droit public et donc des démembrements de l’Etat.

Cependant aux delà des défis d’une bonne maintenance hospitalière, il faut souhaiter que les tares et les incohérences observées dans la mise en œuvre de la réforme hospitalière et qui se répercutent aujourd’hui encore dans l’administration et la gestion des hôpitaux, n’étouffent pas les initiatives locales et la responsabilisation des populations dans leurs rôles à travers les organes délibérants locaux.

De même tant que les rectifications et les impulsions nécessaires ne  seront pas faites pour améliorer la mise en œuvre de la réforme hospitalière aussi bien au niveau de la tutelle technique qu’au niveau des EPS, les insuffisances, les confusions et autres paradoxes demeureront et compromettront sérieusement la continuité et la qualité des soins et des services offert par ces hôpitaux.

En effet la bureaucratie au sein de la tutelle qu’est le ministère de la santé, entretient les confusions qui ont complètement galvaudé l’esprit de la réforme hospitalière. Aujourd’hui encore les EPS à travers leurs directeurs continuent de tout attendre du ministre de la santé ou de donateurs spécialisés dans le recyclage de produits ou de matériels réformés provenant de l’étranger.

Youssouph NDIAYE

Docteur d’Etat en Chirurgie dentaire

Ancien DAGE du ministère de la Santé

plusieurs fois Directeur d’hôpital de niveau 2 et 3

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