STEVE BIKO RACONTÉ À MON FILS BABA BIKO TOURÉ, SON HOMONYME.

BIKO,  NOTRE CONSCIENCE!
Le 12 septembre 1977 quittait ce monde un des plus célèbres et héros incontestés de la lutte anti-apartheid, son nom seul suffit pour éveiller notre conscience. Il était jeune et courageux et avait à peine 30 ans. Arrêté par la police, torturé il a été transféré inconscient depuis la prison de Port Elisabeth, à 1000km de là, à bord d’une voiture de la police, pour rendre l’âme loin de son peuple qu’il aimait tant.
Les grandes douleurs sont muettes. Et celle que ravive le souvenir de la mort de Steve Biko le fondateur du Mouvement sud-africain de la CONSCIENCE NOIRE dont la vie a inspiré le film ” CRY FREEDOM” de Richard Attenborough, est si forte qu’elle laisse sans voix encore. Rien ne pourra être dit qui vaille la peine d’être proférée. L’indignation, la colère, l’émoi et la peine ne ressusciteront pas notre idole Steve encore moins les martyrs de la vallée, de Oualata, Inal, Djreïda, N´beyka, Azlat. Il est mort certes mais il est vivant à jamais dans la conscience…..noire dont il a été le théoricien. La force de conviction, l’art de persuasion de Denzel Washington dans “CRY FREEDOM” de Richard Attenborough avait montré à nous autres la profondeur et l’intérêt d’une pensée qui voulait forger une conscience de lutte propre aux noirs à l’exclusion des blancs. On a pu l’accuser de militer pour un racisme anti-blanc primaire. Bien des aspects des discours de Steve Biko le laissaient paraitre mais c’est faire preuve de légèreté que de confiner la conscience noire à cette apparence, comme le soulignait un ami journaliste africain.
L’idée que des noirs devaient forger leur propre histoire, leurs propres méthodes de lutte en excluant toute collaboration avec les blancs, fussent-ils contre l’apartheid eux aussi, était important dans la mesure elle s’adressait d’abord à l’homme sud-africain en tant qu’être pensant.
“Steve Biko seede amen”, chantait hier notre camarade et non moins poète Ibra Mifo Sow pendant nos veillées villageoises avant les années de braise. Steve “Biko bikkitinooDo e geYYelle maccungaagu” avait répliqué le grand poète pulaar camarade Ibrahima Sarr.
Steve Biko voulait faire comprendre que la lutte anti-apartheid n’aboutirait pas entièrement tant que les noirs à titre individuel n’avaient pas fait la révolution de leur propre être. Tant qu’ils ne s’étaient pas libérés des chaines de l’esclavage psychologique forgé par des générations d’histoires falsifiées et tronquées. Il disait par là que la libération du peuple
 n’équivalait pas simplement à changer les lois ségrégationnistes mais aussi à reconstruire l’homme noir, la personnalité noire dotée d’autonomie. C’est parvenu seulement à ce stade qu’il pourrait se poser non comme un homme noir face au blanc mais comme un homme tout court. Je crois que ce message est valable aussi pour les  Négro-mauritaniens.
La théorie de la conscience noire était ainsi incomprise que séduisante. Et le hasard heureux qui fait qu’à l’écran le même personnage de Denzel Washington incarne Steve Biko que Malxom X ajoute à notre conviction qu’il y allait dans les deux cas
 d’autres choses que le racisme anti-blanc: il s’agissait simplement de se forger une identité qui soit nôtre, qui soit noire
Les souvenirs de Steve “Sammba wuro e ladde”, nous reste encore quand nous écoutons Peter Gabriel. Il nous est revenu à la mémoire, encore plus douloureux, quand des policiers blancs sud-africains s’accusaient entre eux de sa mort devant le TRC, commission vérité et réconciliation. Et là tentative était grande de demander vengeance plutôt que justice. Le réflexe est légitime. C’est cependant le trahir que de nous abaisser à cela. S´il se trouvait quelque part et nous regardait, il voudrait sans doute que nous nous montrions plus forts et plus dignes. La vengeance ne le fera pas revenir. Et les meurtriers semblent avoir eu assez de remords pour enfin posséder une…..conscience. La leur!
En Mauritanie on attend toujours les aveux de nos ex-tortionnaires, s’ils en ont encore une certaine conscience…
Conscience nous avons bien dit !
La lutte continue.
Kaaw Touré.
N.B: Pour rendre hommage à ce grand héros j´’ai donné le nom de mon fils ainé à ce grand militant anti-apartheid comme mon second fils à celui de Nelson Mandela.
Une amie et captive sérère Viviane Solange aime me taquiner par : “Kaaw, on attend maintenant aussi Winnie “. Mdrrr.

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