Balantacounda: La dévastation des plantations de bananes accentue le manque d’emploi et la conjoncture

Dans une enquête sociologique à travers les actuelles communes de   Kaour, Djibanar et  Goudomp, les expressions chômage, manque d’emploi, conjoncture sont récurrents. Les populations rencontrées déplorent la situation qu’elles vivent.
Nostalgiques, elles comparent leurs conditions actuelles à celles des années  dites fastes d’antan. Ces périodes de grandes productions de bananes qu’elles avaient connues.

A l’époque, la majorité des habitants du Balantacounda ignorait ces mots. Ils jouissaient d’une bonne qualité de vie grâce à la pêche et aux plantations de bananes dont regorgeait la zone. L’ancienne communauté rurale de Goudomp comptait, à elle seule, sept périmètres de banane. Le périmètres de Singhère, Akintou, Goudomp, Birkama, Djibanar et le grand UTP2 de Baconding. Bourama MANE, agent d’agriculture à la retraite et ancien chef du Centre d’Expansion Rurale Polyvalent (CERP) explique comment l’Etat est arrivé à une telle politique. »C’est après la conjoncture des années 197O que le gouvernement a pensé à mettre en place des plantations de bananes dans les régions du Sud-Est du pays. Un véritable moyen de permettre aux habitants de subvenir à leur besoins essentiels. Un minimum vital« .

 Abdou DIOUF, à l’époque Président de la République du Sénégal, lors d’une visite à Baconding dans le cadre d’une tournée de développement, disait dans son discours:
« Je suis venu montrer aux populations du Balantacounda que nous avons voulu faire d’ici un bastion fruitier et lutter en même temps contre le manque d’emploi. C’est fini l’exode rural. Désormais  c’est vous qui allez accueillir les étrangers. »
Le président, par la même occasion, avait motivé et galvanisé les producteurs organisés en coopérative.
Les premières années, la banane, la papaye et l’ananas étaient produits en grande quantité. Ces fruits étaient vendus dans les grands centres urbains et parfois même exportés.
Les producteurs gagnaient beaucoup d’argent. Ils avaient de quoi subvenir à leurs besoins et developper leur localité.
Monsieur Massy DRAME se souvient:
« À l’époque des plantations de banane, on ne se plaignait pas de faim. Seuls ceux qui ne travaillent pas ou qui exercent un travail accablant pour un salaire de misère avait connaissaient la famine. Nous étions rémunérés selon nos productions. »
Momsieur Malamine DIATTA martèle: « La banane était la jouissance suprême chez certains. Beaucoup ont connu leur ascension sociale grâce à la banane. Nous nous sommes mariés et nous avons construit nos maisons avec l’argent de la banane. » 

Toute la localité bénéficiait des retombées de la banane. Elle avait aussi enrichi des spéculateurs véreux qui faisaient les intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs pendant plusieurs années. Ainsi, des milliers d’emplois ont été créés.Le Balantacounda, plus particulièrement Goudomp, était devenu la vitrine de la Casamance. La localité attirait beaucoup d’étrangers.

Puis arriva ce qui devait arriver. Contre toute attente, l’ère des plantations atteignait son apogée. Les plantations étaient dévastées, faisant perdre aux producteurs et au Sénégal des milliards .
La population locale se retrouve dans le désarroi et Les coopérateurs  désoeuvrés. L’exode rural reprend  de plus bel.
Ceux qui n’ont pas les moyens ou la volonté de voyager se convertissent en pêcheurs.

L’on assiste à une surexploitation des ressources halieutiques du fleuve Casamance. Les poissons et les crevettes se raréfient.
La conjoncture refait surface. Partout les populations sont désespérées et crient au secours. Appelant l’Etat et les bonnes volontés à revenir dans le Balantacounda relancer les plantations de bananes; afin que cette contrée meurtrie par le conflit en Casamance  retrouve son lustre  des années 1980.

Au jour d’aujourd’hui, la situation donne lieu à de nombreux commentaires. D’aucuns attribuent la cause de la dévastation des plantations à l’éclatement de la crise en Casamance. D’autres parlent de la négligence des gouvernements qui se sont succédés.

En attendant, le Balantacounda continue à croire à un retour aux années fastes. Il appelle de tous ses voeux, les investisseurs privés, l’Etat et toutes autres bonnes volontés à redynamiser la filière arboricole dans la zone.

Mby NA NJAMA