Sans cris ni bruits, les griots et autres communicateurs traditionnels subissent les coups du COVID-19 en Casamance.

Apparu il y’a juste quelques mois ce virus a bouleversé les habitudes . En vue d’endiguer la pandémie qu’il cause, nos autorités ont entrepris plusieurs mesures dont l’interdiction des rassemblements.
Les cérémonies, les champs d’expression des griots, cette classe de la société qui se servent de leurs voix pour délirer, éduquer, éveiller les consciences, ne se tiennent plus.
Mais bien avant cette période apocalyptique nos villages, nos quartiers, nos villes étaient animés par de grandes cérémonies qui regroupaient des centaines voire des milliers de personnes. Et lors de ces rassemblements les maîtres  de cérémonies ou les jokers étaient les orateurs. Ils sont présents partout parfois même s’ils n’y sont pas conviés.
A  Goudomp une famille DIEBATE retient l’attention de toute la cité. A Djibanar les KONTÉ, les CAMARA de Simbandi Balante, les KORA et les KOUYATE de Dar Salam se sont toujours illustrés lors des baptêmes et autres rencontres dans le département de Goudomp. Ces griots et orateurs monopolisent la parole sans que ça choque l’assistance. Ou du moins sans que Youssouph DIALLO ce confrère de Tanaff se fâche: « Ils prononcent des paroles moralisatrices. Et quand les femmes tardent à servir le repas, ils rassasient les affamés du grand public avec des propos qui font espérer.
Ils réconfortent les repus en ranimant leur conscience. Les gens étaient attentifs à ces propos. » Et par cette éloquence, ils soutirent beaucoup d’argent à l’assistance. Et comme ça ils gagnent leur pain quotidien: « Devant certaines phrases qui font de toi le meilleur descendant de tes ancêtres. Tu es flatté, et tu peux donner tout ce que tu possède sans s’en rendre compte. »
Maintenant l’heure n’est plus aux rassemblements. La crise sanitaire que nous vivons a changé les dogmes. Pas de cérémonie, pas de baptême, de vrais facteurs de propagation du coronavirus disent les spécialistes de la santé.
Si les rassemblements posent des problèmes, le manque de rassemblement en crée d’autres également. Et c’est pas Sirman DIEBATE qui va le démentir. Il affirme : « Nous sommes désoeuvrés en ce moment. On reste sans ne rien faire durant toute la journée.
Alors qu’avec les cérémonies on gagne beaucoup. Actuellement les griots et les orateurs traversent des moments très durs, nous a dit Sirman DIEBATE: « La grande difficulté reste la nourriture. Nous n’avons pas de greniers. Nous nous dépendons des autres que nous rencontrons souvent dans les cérémonies.
C’est là bàs qu’on peut chanter des louanges de certains et atteindre nos cibles. Et s’il n’y a pas de rassemblement.? Je pense que nous devons être les principaux bénéficiaires des vivres de soudure sinon on ne va pas échapper au cortège mortuaire de la pandémie. Et nous, c’est pas le virus qui va nous tuer, mais la faim. »
 Sirman a profité de l’entretien qu’il nous a accordé pour demander à ce que les griots et les orateurs soient associés à la sensibilisation à travers les radios communautaires ou les caravanes.