COVID-19 au Sénégal : construire une stratégie de communication pour des comportements adaptés

Je voudrais d’emblée m’excuser d’ajouter cette contribution à la cascade d’éclairages et d’avis de tout genre en cours sur la pandémie de coronavirus (COVID 19). Il est délicat de contribuer dans ces conditions surtout que la gravité de l’heure demande plus de responsabilité et de déontologie.

La situation actuelle est très difficile pour les autorités en charge de la santé publique. Au-delà de l’application stricte des décisions du chef de l’Etat, elles ont un besoin impératif de faire une communication pour que les populations adoptent un comportement adapté à la situation.

D’abord, les sciences de diffusion/adoption des savoirs nous renseignent que le changement de comportement ne peut se faire dans l’immédiat.  Ensuite, l’adoption des savoirs diffusés est forcément sélective ; les populations innovent en s’appropriant diversement des savoirs diffusés. Elles prennent ce qui les arrange en fonction de leur condition socioéconomique et culturelle.

La construction d’une bonne stratégie de diffusion/adoption de savoirs sur la pandémie pour un changement de comportements rencontre, fondamentalement, deux difficultés :

  • Une connaissance scientifique limitée sur la pandémie : la survie du virus hors du corps humain est mal connue, la période d’incubation fait l’objet de spéculation, la symptomatologie est à peine connue, la pathogénie est également méconnue, les mécanismes d’auto-immunisations ne sont pas bien connus même avec des « cas de guérison », l’épidémiologie est mal connue ainsi que la mortalité, la morbidité. Dans ces conditions comment alors faire une communication ? comment construire un contenu dans la communication pour des comportements adaptés ? difficile à répondre.
  • Une démultiplication désordonnée des interventions sur les moyens de communication (mass média et réseaux sociaux) qui entretient un flou artistique. Chaque intervenant utilise sa croyance, sa justification et sa vérité. Au-delà des différences de rationalités, la démultiplication des interventions permet d’entrevoir souvent des conflits de pouvoir (ou plus précisément de légitimité de pouvoir), somme toute normal (dans les normes de fonctionnement d’une société).

Alors, il appartient d’abord et avant tout à l’Etat d’organiser sa communication et ensuite aux mass médias de suivre la voie indiquée par l’autorité qui dispose désormais des moyens légaux du régime d’exception.

Il s’agit d’élaborer une stratégie nationale de communication et de veiller à son opérationnalisation. Au-delà des points de presse concernant sur les statistiques quotidiennes, il doit y avoir une interaction planifiée et organisée avec les mass médias et au-delà avec les populations (en respectant les règles de contact physique bien sûr).

La stratégie doit travailler sur le contenu du message d’une part et d’autre part sur la réaction (adoption sélective) des populations. Ce qui n’est pas encore évident au vu l’état des connaissances sur la maladie.

L’autorité publique pourrait aussi travailler sur les approches de diffusion avec un comité de journalistes et de communicants qui doivent recevoir une formation/ sensibilisation spécifique.

Chaque organe de presse doit avoir un ou deux spécialistes sur le sujet. La situation exige que ce cas (Covid 19) ne soit traité aussi banalement que le sont tous les autres sujets dans un journal parlé et/ou télévisé.

L’enrôlement des correspondants régionaux des radios et télévisions doit être bien pensé. Il pourrait même être envisagé une édition commune à l’ensemble des organes dans le cadre du régime d’exception.

Surtout que l’on risque de passer à une phase où on pourrait annoncer des morts (peut-être par dizaine même si nous ne le souhaitons pas) qui ne devraient être ensevelis selon les rites en cours et dont les cérémonies de deuil ne pourraient se dérouler comme habituellement.

La situation est sérieuse et personne ne doit se dérober. Néanmoins, seuls certains spécialistes (médecins infectiologues,  médecins de santé publique, sociologues et anthropologues de la santé, spécialiste de l’éducation pour la santé et autorités administratives.) doivent parler.

En parler de manière coordonnée. La voix des chefs religieux et coutumiers peut s’avérer utile.  Il faudrait trouver les moyens de l’insérer dans la stratégie officielle de communication. Par exemple, les ONG et mouvements de jeunesse malgré la volonté d’intervenir et leur expérience de sensibilisation (sur les IST/HIV et Paludisme), ne devraient engager leurs membres qu’à certaines conditions.

En effet, la contamination par voie aérienne exige une formation préalable aux règles strictes d’hygiène et de protection d’autant plus que les données empiriques disponibles désigneraient les jeunes plus comme des porteurs sains  pouvant maintenir la circulation du virus.

Bien sûr, la dimension économique ainsi que d’autres d’ailleurs (biodiversité, changements climatiques, développement durable, sécurité alimentaire, etc.) de la pandémie est important. Mais à défaut de suspendre actuellement la communication afférente à ces dimensions, il faut trouver les moyens d’éviter qu’il y ait une interférence négative avec la communication pour le changement de comportement.

Pour finir, la stratégie de cette communication doit être accompagnée de distribution gratuite de matériels (seau, savon, solution hydro alcoolique, gant, et peut-être masques) à certaines catégories de population, pour être efficace.  Par exemple, il n’est pas suffisant seulement d’interdire de vendre du pain dans les boutiques, il faut aussi expliquer comment se comporter dans une boulangerie (ou tout autre grande surface de denrées alimentaires). Il faut trouver la bonne stratégie…………………..

Amadou NDIAYE, UGB