Menace du coronavirus sur les  évènements religieux musulmans: La priorité absolue à  la santé publique

La stratégie de lutte contre la propagation du Covid- 19 se heurte  au Sénégal au respect scrupuleux des dates des évènements religieux, notamment de certaines dates de manifestions célébrant  annuellement des fêtes de commémoration  musulmane des principales confréries Sénégalaise: Mouride, Layenne et Tidjane. En dépit de la présence du virus dans la ville Sainte de  Touba  et des risques de diffusion,  de contamination de franges significatives de la population établie à l’intérieur et dans la capitale Dakaroise, le gouvernement, les acteurs politiques et de la société civile, préfèrent apparemment garder la posture attentiste d’une délivrance de l’angoisse persistante des citoyens par les Khalifes Généraux.

Le Sénégal, un pays singulier où la priorité absolue à accorder à la santé publique et à celle des citoyens dans un contexte de risques réels semble dépendre en dernière instance de la décision de l’autorité religieuse. Le pays africain, le  plus frappé par la pandémie mondiale plonge ainsi consciemment ou non dans l’incertitude sanitaire la moins inattendue. La  stratégie de la santé publique  contre l’expansion potentielle  de la maladie touchant un peu moins de 20 patients est rudement mise à l’épreuve du croisement de l’influence sociale, psychologique, voire politique du pouvoir religieux et de l’impuissance des pouvoirs publics à faire prévaloir les risques pesant sur la  santé publique. La peur de l’envahissement du Covid-19, son impact -sanitaire, humain et économique-  et le déplacement des calendriers des évènements religieux Sénégalais, constitue ainsi les deux termes d’un terrible casse-tête chinois ou dilemme de l’autorité politique et sanitaire.

Le Coronavirus fait des ravages à l’échelle internationale. Ils sont plus de trois mille citoyens décédés à travers la planète. Le nombre de personnes suspectes grandit d’un pays à l’autre en Europe et dans le reste des autres continents : asiatique, américain, proche et moyen- orient, Afrique. L’Italie, la France, la Chine  durement frappés par la progression rapide du Covid-19 se préparent à la catastrophe.

Les stratégies de lutte contre cette pandémie en progression si rapide se multiplient en fonction de la gravité de la menace, des risques potentiels et de l’accroissement des chiffres de patients. La peur grandissante se conjugue à des mesures de protection des populations se durcissant à l’horizon : fermeture de certaines frontières, mises en quarantaine de pans entiers de régions affectées, isolement des parties des territoires affectés, renforcement du contrôle des frontières terrestres, aériennes et maritime.

Le danger que fait planer la pandémie du Covid-19 secrète naturellement la  psychose d’une crise de l’économie mondiale. Les bourses, les transports internationaux, le commerce, le tourisme seront probablement affectés durement par l’impact socio-économique du coronavirus.  L’Afrique ne sera pas du reste de la planète. Bien au contraire. Le continent noir semblait pourtant être à l’abri des ravages de la  maladie. Les pays africains prennent désormais conscience que le danger prend  progressivement place en Afrique Australe, du Nord et au Sud du Sahara.

Le Sénégal est déjà déclaré le pays africain les affecté par le virus. Moins d’une vingtaine  de patients sont déclarés positifs. Ce nombre risque de croître dans les prochains jours, voire semaines en raison du fait que les  personnes suspectées avoisinent la centaine de potentiels porteurs du virus. La stratégie de lutte contre la maladie devrait tenir compte de cette nouvelle donne aggravante de la pénétration du virus et   ses conséquences à court et moyen terme.

La  stratégie de lutte contre la propagation du Covi-19 semble se  heurter provisoirement du moins à une contrainte majeure. Cette dernière est de l’ordre du religieux, du culturel et du psycho-social. Le respect des dates des évènements religieux musulmans, plus précisément des dates de célébration de manifestations de commémoration a fini par être d’ailleurs l’objet d’une controverse publique entre les partisans du report de ces évènements  et les partisans du maintien inconditionnel des dispositions déjà prises par les communautés de base pour célébrer des fêtes annuelles. Les principales communautés musulmanes Sénégalaises – Mouride, Tidjane, Layenne  sont fortement interpellées par les  risques de propagation de la pandémie dans le pays.

Il s’agit en l’occurrence des mourides, des Layenne et des Tidjane. Ces fêtes religieuses sont devenues de grands moments de dévotion religieuse au fil de l’histoire. Elles mobilisent de plus en plus de monde. La Diaspora Sénégalaise participe  très fortement à ces célébrations. Le premier sénégalais porteur du virus est d’ailleurs un résident en Italie. Il semble avoir contaminé sa famille et ses proches. La propagation rapide du virus dans la ville Sainte de Touba suscite à ce titre  des interrogations au sujet de l’efficacité de la stratégie de lutte contre le coronavirus. Cette situation aurait suffi pour tirer toutes les conséquences en accordant la priorité absolue à la santé publique.

Le  gouvernement et les acteurs principaux de la stratégie de lutte contre la pandémie ne veulent pas prendre l’initiative politique allant dans le sens d’un report de ces dates et de ces évènements religieux. La santé publique devrait  pourtant dicter une conduite contraire qui soit réellement à la hauteur de la menace sanitaire et de ces risques insoupçonnés. Les pouvoirs publics ne peuvent ignorer les risques sanitaires que cette maladie fait peser  désormais sur les populations Sénégalaises et les pays de la sous- région.

Mamadou Sy Albert