L’INSTITUT JEANNE D’ARC DEVOILE LES FILLES

Les tentatives d’interdiction du voile dans certaines écoles privées catholiques ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà en 2011, le collège Hyacinthe THIANDOUM de Grand Yoff avait exclu des élèves pour port de voile. Une circulaire très responsable et ferme de rappel à l’ordre du Ministre de l’Education nationale d’alors avait freiné ce premier essai d’interdiction aux filles de porter le voile dans les établissements privés catholiques. A la rentrée scolaire de 2016, le collège avait brandi de nouveau la mesure d’interdiction du voile. L’école Didier Marie lui emboita le pas la même année à Saint-Louis. Si aujourd’hui cette polémique reprend de plus belle, c’est que le mal n’avait pas été soigné avec sagesse.

En quoi le voile pose-t-il un problème dans un milieu éducatif ? Pour quelles raisons voulez-vous « découvrir la coiffure des jeunes filles » ? Est-il acceptable qu’un règlement intérieur d’une école soit au-dessus de notre Constitution ?

La question sur l’interdiction du voile dans les écoles catholiques n’est pas banale comme le pensent certains observateurs et autres acteurs de l’école. Cette affaire touche le point le plus sensible de la société, la pratique religieuse d’une communauté. Les équilibres les plus solides, forgés sur plusieurs générations, peuvent rapidement basculer en une matinée sous l’effet de manipulations volontaires d’une fibre religieuse, si petite soit-elle, par des hommes mal intentionnés. Partout à travers le monde, des communautés, voire des nations, vivent des conflits permanents pour des raisons confessionnelles. La nation sénégalaise, à l’instar de toutes les autres du monde, n’est pas à l’abri de conflits liés aux chocs d’identités confessionnelles.

Une modification du règlement intérieur de l’ISJA est à l’origine de la friction. En effet, les élèves doivent désormais assister aux cours avec «  la coiffure découverte ». Quel subterfuge dans le vocabulaire ! Pourquoi le voile dérange,  mais il dérange qui ?

L’interdiction de l’ISJA dépasse le champ de compétence d’un règlement intérieur pour enfreindre à la liberté de culte, à la cohésion nationale. C’est pourquoi sur cette question, le Ministère de l’Intérieur est directement interpellé. Sa réaction est attendue en de pareilles circonstances, vu également les enjeux hautement sociétaux et nationaux liés à cette affaire.

L’interdiction du voile porte gravement atteinte à la liberté de culte, elle est discriminatoire. Il s’agit d’une grave violation de notre Loi fondamentale (La Constitution), qui stipule en son Article Premier que : « la République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Comment le Gouvernement du Sénégal peut-il accepter que la Constitution soit ignorée en brandissant un simple règlement intérieur d’un établissement scolaire ? Cette attitude sur une question aussi sensible que la religion est-elle sénégalaise ? La réponse est, sans équivoque, non !

Au-delà de la lecture juridique, l’interdiction du voile dans une école privée catholique est en flagrante  contradiction avec la symbiose socio-culturelle sénégalaise, pleine de tolérance et de délicatesse.

Ce qui s’est passé à l’ISJA est un précédent dangereux dans un pays où la cohabitation entre catholiques et musulmans est souvent citée en exemple. « La commande » de la congrégation des sœurs de Saint Joseph de Cluny est alors inappropriée et illégitime, dans un pays comme le Sénégal.

Le Sénégal a réussi à construire une nation là où beaucoup d’autres ont échoué. Dans mon pays chrétiens et musulmans ont, depuis fort longtemps, tissé des relations de fraternité, de confiance, de solidarité. « Le commun vouloir de vie commune » est une réalité quotidienne que nous vivons dans les bureaux, les marchés, les universités, les collèges, les usines, bref partout. Par conséquent, nous devons être en mesure d’identifier les actes qui ne relèvent pas de notre société.

Restons vigilants et prudents sur ce qui s’est passé à l’Institut Sainte Jeanne d’Arc pour nous poser les bonnes questions afin d’avoir un vrai débat et des solutions adaptées à nos réalités sociétales. A mon humble avis, les sénégalais, chrétiens comme musulmans, ne considèrent pas le voile comme un problème dans les écoles. C’est pourquoi, le débat ne se pose pas entre nous. Alors, pourquoi l’ISJA ose-t-il poser ce débat occidental dans le pays de Léopold Sédar Senghor et de Serigne Fallou Mbacké ?

Nous devons avoir une vision beaucoup plus prospective et une analyse courageuse des enjeux et défis sociétaux de notre époque. C’est cela qui nous permettra de co-construire le type société que nous voulons, sur la base de nos réalités, qui transcendent nos identités religieuses.

Le monde est gouverné par des lobbies avec un agenda très précis. A ce titre, éliminer les religions ainsi que tous leurs signes dans la vie de l’Homme fait partie de leurs principaux objectifs. L’Islam et le Christianisme représentent les principales cibles de cette vaste entreprise de démolition des valeurs. En effet, pour ces lobbies l’Islam et ses valeurs sont l’un des principaux obstacles à leur sordide entreprise.

Ce n’est plus à démontrer, il existe un projet mondial dont le but est de créer une société libre de tout lien confessionnel. Les porteurs d’un tel projet de déshumanisation peaufinent leurs stratégies dans tous les milieux : scientifique, éducatif, culturel, sportif, artistique, religieux, scolaire, universitaire etc.

Nous devons nous battre pour que les changements opérés dans notre société soient le fruit d’un consensus interne inclusif et non un mimétisme complexé et aventureux. Les greffes commandés de l’extérieur et posés par des mains inconnues et suspectes risquent de créer «un arbre sauvage sans ombrage aux fruits pernicieux».

Si cette mesure d’interdiction du voile passe, elle fera l’effet d’une tache d’huile dans d’autres écoles du pays. Il s’ensuivra ensuite un vent d’interdictions sous le sceau d’une laïcité factice, qui ensevelira nos vestiges de références et valeurs sociétales communes aux sénégalais, toutes confessions confondues.

Compte tenu de la profondeur de cette affaire, il est surprenant de constater  qu’un accord cosmétique et factice ait été proposé à la place d’une solution crédible et durable. Les filles « vont porter l’uniforme, assorti d’un foulard de dimensions convenables, fourni par l’établissement et qui n’obstrue pas la tenue ».  Oh quel canular ! C’est une ingérence grave teintée d’une arrogance déconcertante sur la dignité des filles voilées et de leur religion. Pour porter l’estocade, l’accord stipule que les filles peuvent regagner l’établissement pour l’année scolaire 2019/2020. Autrement dit, une pilule transitoire a été trouvée pour leur permettre de terminer leur année scolaire. Il faut éviter les équilibres fragiles dans la résolution de nos problèmes !

Dans les solutions, certains proposent l’inscription des filles dans d’autres établissements, d’autres pensent qu’il faudrait créer ses propres écoles. Si chaque communauté se permet d’ouvrir ses propres écoles, fréquentées exclusivement par les siens en toute autarcie, il faudra s’attendre à une nation fracturée où le repli sur soi sera un réflexe de survie.

Faire face à la menace des contre valeurs, dont l’arrogance de ceux qui les portent est sans égale, est l’un des plus grands défis de notre époque. Si nous voulons que nos valeurs socio-culturelles et religieuses continuent à être citées comme modèle, il ne faut pas accepter que les autres nous imposent leur façon de vivre. Ayons le courage et la fierté de défendre notre identité nationale. Pour cela, nous avons besoin, d’abord et en première ligne, de la présence effective d’un Etat fort.

Momath Talla NDAO

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