27 septembre 2022

Les sales coups d’hivernage d’un Etat voyou

 Les petits pas d’une pernicieuse régression démocratique sont en œuvre – Faire taire les voix audibles d’un désarroi social profond – Il n’y aura pas d’averses pour noyer le scandale Petrotim

Chaque année, l’hivernage recule ses pluies ; les paysans pleurent le retard et la qualité des semences ; les éleveurs pleurnichent sur la rupture de l’alimentation du bétail, et les sénégalais pleurnichent sur les « prix exorbitants » du mouton de Tabaski. Ritournelles d’une société qui, entre le surplace et la régression, égrène ses misères comme un serpent de mer. Etat en faillite, Etat menteur, Etat voyou, commode on disait il y a quelques années.

Ils voulaient noyer le scandale du pétrole et du gaz dans les pluies d’un hivernage qu’on espérait généreux. Il nous nargue et distribue parcimonieusement son liquide précieux. Dakar, la capitale du vol, des scandales et des décideurs véreux, est servie tardivement et à dose homéopathique. Il n’y aura pas d’averses pour noyer (cacher) et faire oublier le scandale Petrotim. Le Procureur n’aura pas le plaisir de voir sa comédie noyée dans les averses de l’hivernage.

Les étudiants des écoles et Universités privées revivront l’angoisse de la suspension des cours du fait d’un Etat menteur qui ne tient pas ses engagements. À partir du 31 juillet, les pauvres se retrouveront dans les rues, seuls. On se rappelle tous, les grandes promesses de Mai dernier avec un chronogramme pour le solde des dettes dues à ces établissements.

On se rappelle tous la sentencieuse sortie du président le 1er mai dernier : « l’augmentation des salaires, n’y pensez même pas », devant des syndicalistes « participationnistes» médusés par la sentence d’un président auréolé d’une victoire « dès le premier tour » avec plus de 58%. Gueule de bois et aphasie dans les rangs de responsables syndicaux qui espéraient tout sauf le carrousel présidentiel sur les salaires.

Mais ils vont boire leur bouille, bissap et vin jusqu’à la glotte obtruée : non seulement les salaires ne connaîtront aucun coup de pouce, mais le président qui vogue, pense-t-il dans le nirvâna d’un dernier mandat sans aspérités, annonce d’autres « bonnes nouvelles » pour les travailleurs, les syndicats et le peuple : finie la comédie électorale du blocage des prix et de la subvention de certains produits de première nécessité. Hop, on libère les prix des sirènes de la présidentielle.

Merde alors ! On vivait donc dans l’anachronisme économique le plus « anti-vérité des prix », une entorse à l’orthodoxie du libéralisme : quand les prix de certaines denrées et autres produits pétroliers augmentent, on doit augmenter les prix pour les consommateurs !. Mais le prix de ces mêmes produits baissent, on ne baisse pas les prix pour les consommateurs.

Gageons qu’après la Tabaski, après les produits pétroliers, d’autres produits plus importants pour les citoyens (tout le monde n’à pas de véhicule, mais tout le monde doit bouffer) vont prendre l’ascenseur… Tout cela devait se faire dans un large consensus national avec une puissante anesthésie : le dialogue national.

Mais voilà, cette vieille « salope » de BBC s’est cru obligée de creuser dans nos merdes nationales, notre marée noire d’un pétrole qui n’est pas encore sorti des entrailles de nos mers et côtes. En éclaboussant de ses degueulis puants notre bien élu président et son frangin qui décidément fait tout pour lui pourrir le dernier quinquennat.

La parenthèse de la CAN de foot devait en mettre une couche d’anesthésie sur les neurones du bon peuple. Opium, va!. Mais voilà, des algériens comédiens footeux sans fair-play, aidés par un arbitre au sifflet aphone, ont mis fin au rêve d’une coupe au pays et donc, un mois d’enfumage social pour oublier la marée noire de Petrotim. Bah, ils ont bien essayé de forcer le rêve avec un accueil « populaire spontané » des Lions pour une défaite ; ils ont voulu aussi user de la candeur du meilleur de nos Lions, Mané pour aller dans le « no man’s l’and universitaire ». Rien ! Tous ! d’ara ! Haye baté ! Pschiit !

Alors quoi ? Tout est bon à prendre dans cette République délitée et sans repères. Même la mort est convoquée pour un hypothétique consensus national. En effet, la perte dans la même semaine du secrétaire général du PS et de l’industriel quasi inconnu de son vivant, tellement il était modeste et discret, vont être appelés à la rescousse d’un « ndeup » impossible.

Et quand tout cela ne soigne pas le profond malaise national, on en revient à la bonne vieille recette du bâton : on embastille les grandes gueules qui crient plus fort que la colère silencieuse du peuple. C’est l’affaire Guy Marius Sagna d’abord et Adama Gaye ce lundi pour un motif encore inconnu au moment où ces lignes sont écrites. Les petits pas d’une pernicieuse régression démocratique sont en œuvre. Faire taire les voix audibles d’un désarroi social profond.

Je suis opposé au délirant slogan de « France dégage », mais je serai toujours aux côtés de ceux qui le hurlent ; pour qu’ils aient ce droit. Un slogan doit toujours avoir un contenu de classe ; être précis. La France, c’est un pays, un gouvernement, des entreprises, des travailleurs, des citoyens qui combattent leur propre gouvernement, leurs propres capitalistes (syndicats, partis de gauche, et le dernier phénomène des Gilets jaunes. Alors « France dégage » vise qui ? En France et en Europe, des crétins politiques ont aussi leurs mots d’ordre imbéciles : « immigrés dehors », et autre « préférence nationale ».

Mais la démocratie, c’est permettre et accepter que toutes les imbécilités s’expriment. Faire tout pour libérer Guy Marius est un combat démocratique, pour les libertés. Se traire parce que leur activisme ou leurs slogans fâchent, c’est le premier pas du renoncement aux nécessaires combats au quotidien contre les abus d’un régime en sursis.

Demba Ndiaye journaliste