5 décembre 2022
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ENA, creuset de transparence



Dans un post polémique, plein de désinvolture, l’honorable député Guy Maruis Sagna (GMS) s’est interrogé sur la non transparence, la non crédibilité et le clientélisme qui entacherait le concours de l’école nationale d’administration (ENA). Il rapporte un fait anecdotique (une question qui serait posée à un candidat) et relate le cas particulier de deux candidats malheureux qui estiment avoir été lésés lors du dernier concours de l’ENA pour esquisser une réponse à mots couverts. Enfin, l’honorable député fait cas du refus de l’administration de l’ENA d’exécuter une décision de justice qui serait favorable à ces deux candidats.
Je suis persuadé de la très bonne foi de l’honorable député GMS. En juillet 2016, lorsque la procédure de suspension suivie de celle de radiation de M. Ousmane Sonko, alors inspecteur des impôts et des domaines, avait été initiée, GMS m’a appelé en ma qualité de secrétaire général du Syndicat Autonome des agents des Impôts et des Domaines (SAID) pour se joindre à notre cause. Il avait tenu à nous entendre pour une relation exacte des faits afin d’être éclairé sur la crédibilité et le bien-fondé de notre action… Je suis convaincu que toutes les prises de position de GMS procèdent de la démarche.
Sous le bénéfice de cette précision liminaire, il est possible de répondre à la question posée par l’honorable GMS en distinguant les aspects liés au concours de l’ENA de ceux afférents de la gestion administrative de l’ENA.
Honorable GMS, en l’état actuel, le concours de l’ENA est une sélection transparente, crédibilité sans aucune forme de clientélisme. Je n’ai pas été candidat ni membre de jury d’un autre concours. Je ne peux pas comparer le concours de l’ENA avec d’autres concours.
Ayant été candidat et membre du jury du concours de l’ENA, aucun aspect dans l’organisation, dans le déroulement et dans le choix des membres du jury n’autorise à émettre le moindre douter sur la crédibilité attestée du concours de l’ENA.
Il ne s’agit ni d’une réponse corporatiste encore moins une réaction identitaire d’énarque. Cela correspond à la stricte réalité. Les fonctionnaires expérimentés, les professeurs émérites des universités, les attentifs et professionnels psychologues conseillers, les hauts commis de l’Etat à la retraite qui siègent dans les différents jurys des concours de l’ENA jouissent tous, sans exception, en leurs différents rangs, titres et qualités d’une grande respectabilité, d’une parfaite neutralité, d’une forte moralité et d’un sens très élevé de l’objectivité pour ne choisir que les meilleurs candidats devant servir l’Etat et les citoyens sénégalais.
De ce point de vue, la question sur la transparence, la crédibilité et le clientélisme du concours de l’ENA ne mérite pas qu’on s’y attarde outre mesure. Au-delà de l’ENA, il me semble que la même remarque peut être faite sur tous les concours administratifs en général au Sénégal.
Quant à l’anecdote sur la 3e candidature du président de la république actuel, c’est un banal fait divers ; le jury ayant la latitude de poser des questions sans aucune forme de censure. Plus que la question, le candidat est attendu non pas sur sa réponse (oui ou non) mais plutôt sur son argumentaire. Le futur fonctionnaire, de qui il est attendu une neutralité dans l’exercice de ses fonctions, une objectivité dans le traitement des affaires qui lui sont soumises doit fonder ses prises de position sur des arguments juridiques et non en reprenant le langage de l’homme de la rue. En docimologie, une fausse réponse fondée sur une démonstration juste peut être mieux notée qu’une bonne réponse s’appuyant sur un argumentaire faux.
Dans les jurys dans lesquels j’ai siégé, combien de candidats ont-ils répété courageusement les arguments de Guy Marius Sagna, de Birahime Seck sur le franc CFA, sur les APE, sur la transparence dans la gestion des affaires publiques et que sais-je et qui ont obtenu de bonnes notes ?
Quant aux deux candidats malheureux qui estiment avoir été lésés lors du dernier concours de l’ENA pour en inférer que la sélection a été vicié, je suis persuadé qu’aucun doute crédible ne peut être fait sur l’organisation du concours.
Je ne sais pas la teneur exacte de la contestation de ces deux candidats ni le contenu précis de la décision du tribunal de grande instance hors classe de Dakar « condamnant » l’ENA à communiquer leurs notes à ces deux concitoyens et à leurs rendre leurs copies.
Sur la question du refus de l’administration de l’Ena d’exécuter une décision de justice qui serait favorable à ces deux candidats, il me semble que la posture de l’honorable député GMS n’est pas des meilleurs.
GMS, activiste pouvait se suffire d’être porte-voix des causes justes.
L’honorable député GMS doit se délier de cette posture et aller à la recherche de la vérité dans les dossiers qui lui est soumis. Le règlement intérieur de l’assemblée nationale lui en donne pleinement les moyens à travers les questions orales, les questions écrites, les commissions d’enquête….
La désinvolture à travers laquelle l’honorable député s’est prononcé sur le concours de l’ENA n’est pas à la mesure des responsabilités qui pèsent sur lui en tant que dépositaire d’un mandat public. Dénoncer c’est bien, mais prendre en charge avec efficacité est meilleur.