5 février 2023
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Des années 80 à nos jours, le Sénégal se démène Pour les romantiques, leur chien est mort.



Le jeu en vaut-il la chandelle? C’est la question lancinante qui se meut dans l’esprit des nostalgiques sans que l’écho vague et imprécis ne se fasse intelligible malgré les appels à la révolution. Ceux-là qui ont assisté, admirables comme tout, au fanal des années 80, spectacle populaire dont les origines remontent au XVIII siècle, ressentent pincement et regret malgré eux, malgré cette disposition à sonner le glas de la bamboula au sommet de l’Etat. C’est que politique, loyauté, sincérité, culture, principe, flair, conviction et aspiration qui s’entrechoquent comme jamais dans l’esprit et le cœur des contemporains, comme jamais l’a été un bourdonnement sous le ciel noir qui couve nos traumatismes et nos empressements de rebelles ingénus, parfois aveuglés par la haine et le ressentiment.
31 décembre des années 80, quand les flamboyants rythmaient encore les petites simplicités aux couleurs de l’indépendance et de la fierté retrouvée. Sur le grand boulevard à Thiès, à Diourbel ou à Louga 7ᵉ région, se pavanaient les incarnations de la paix des braves en intelligence. En ce moment, il n’aurait pas fallu injurier de mère, ni divulguer quelconque écart de qui que ce soit sur la place publique, ni tenter de bannir quoi que ce soit des croyances pour exister. Entre temps, la fin s’est substituée aux moyens si bien que seul l’élu compte. Une fois promu dominateur des logiques et raisons, le messie à lui seul compte pour du beurre et l’argent du beurre. Il décide, décrète, juge, ordonne et commande sans qu’il ne soit permis aux impies d’en dire ne serait-ce qu’un mot.
Les casseroles pour dire que c’en est assez de ce régime de forçats colonisés et de traitres brigands. Bien beau ! Dans les années 90, déjà dans les foyers de lycées et les permanences des partis de gauche, il y avait des enseignants qui dictaient la ligne de la révolution. Ils arpentaient des sentiers battus, mais non encore éclairés. Ils portaient incurablement les paroles de Karl Marx aux élèves et étudiants assimilés ouvriers de la machine culturelle. Ils les considéraient comme chairs chastes quelle que soit leur condition individuelle d’existence ; ces derniers les admiraient en tant qu’affranchis malgré leur situation de privilégiés. Et c’est étrangement de cette absurdité que résultait une entente occasionnelle, mais ô combien formatrice.
L’an 2000, l’année du Sopi s’est révélée catharsis. Tant de désillusions, autant d’imprévus et pas mal de désillusions se sont révélés au grand jour. Il fallait rénover tout en misant sur le passé et l’historicité approximative des institutions. Les promesses de correction du mal nécessaire décrié nous rattrapaient de plein fouet de ses ordres et de ses exigences insoupçonnées. Faisant patte de velours, Abdoulaye Wade devait conjuguer avec les plans de souveraineté étatique et les compromissions nécessaires au bon fonctionnement des institutions. Ses opposants ne lui laissaient pas le choix de s’adoucir. Le peuple, n’étant pas assez averti des complexités du commerce mondial et des enjeux de pouvoir, ne pouvait servir de bouclier au Pujadisme intérieur et à l’ingérence des puissances étrangères.
Autre époque, autre mœurs. Maintenant et là, nous voilà confrontés au double défi de dire la vérité sur la fausseté du discours simpliste des possibilités de développement et sur la fourberie des tenants du pouvoirs. Quand l’acception et la confiance ne se mesurent qu’à l’aune des perceptions affectives sur les acteurs, c’est-à-dire les personnages en particulier, il est difficile de jeter aux gémonies, à la fois et en même temps, les principaux compétiteurs. D’une manière ou d’une autre, celui qui en tente le coup est cloué au pilori sur la base de simples appréhensions de parti pris.
A ce stade de l’évolution, les profanes se confondent à l’opinion publique et se façonnent sans aucun besoin de touche experte. Toute tentative d’éclairage est subitement et violemment assimilée à du faux-fuyant ou à de la lâcheté. Est venu, dès lors, le temps de prier, d’espérer et d’attendre que le moindre mal sévisse. Trop tard ! La guerre est perdue d’avance. Seules des batailles éparses subsistent encore dans ce désert d’idées et de pensées. Galimatias ! Nous voyons, à présent, se coaliser cordialement des gens qui n’ont rien à commun, si ce n’est la volonté du changement ou le vœu de statu quo. Il ne faudra pas s’étonner que, une fois au pouvoir ou après maintien au pouvoir, que des pillages s’opèrent ou que des guerres de gangs éclatent.
Birame Waltako Ndiaye
Mouvement Populaire d’Emancipation Citoyenne (MPEC)

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